Sur son
anniversaire qu’elle fêtera au Stade de France :
"Je vais vous faire une confidence. Il y a fort longtemps que je ne
célèbre plus mon anniversaire. Mais pour être tout à fait franche,
un anniversaire devant 80 000 personnes au Stade de France,
c’est quelque chose qui sera, je crois, incroyable à vivre.
Donc j’adore cette idée là (...) Je remercie à nouveau de
vive voix le public, cette fidélité. Et je vais essayer de ne pas
pleurer..."
Que fait Mylène Farmer dix minutes
avant d’entrer en scène ?
"J’ai auprès de moi Anthony (son meilleur ami), qui reste
avec moi dans la loge. Les dix dernières minutes sont vraiment un
moment de recueillement, de concentration. Laurent (son
compositeur) passe cinq minutes avant d’entrer en scène, et
me dis "fais le vent". Ca veut dire "respire". C’est une
manière d’essayer de déstresser un peu. C’est vraiment
dans le silence. Quant aux rituels je ne sais pas si je peux... là
encore la pudeur regagne du terrain. Et quant aux objets ils sont
là..."
Une fois inspirée, voilà comment
Mylène Farmer écrit les paroles de ses chansons :
"Les mots s’appuient, s’accrochent, s’harmonisent
avec la musique donc j’ai besoin de la musique avant
d’écrire des mots. La musique m’inspire des sentiments,
des sensations."
Vous êtes seule ? Comme un écolier
à son bureau ?
"Tout à fait. Dans une pièce totalement isolée. Ca j’en ai
besoin. Comme un écolier, j’ai un très mauvais souvenir de la
scolarité donc nous allons passer ce mot… En tout cas le
travail, l’opiniâtreté est essentielle."
Parfois dans la souffrance
?
"Je crois que c’est indissociable. La douleur parce que les
doutes. La douleur physique. Il faut aller au-delà de soi."
Est-ce que vous avez le sentiment
d’avoir construit une œuvre ?
"Non. J’ai construit quelques chose. Je suis fière de
ce que j’ai pu construire, sans prétention aucune. Très
sincèrement, l’obsession de laisser une trace ne fait pas
partie de moi. Maintenant pour être totalement honnête
j’aimerais que l’on ne m’oublie pas. Mais la vie
n’est pas finie donc à moi de le construire (...)
J’écoute beaucoup de musique. Mes goûts musicaux sont assez
éclectiques. J’adore Dépêche Mode, Sigur Ros, David Bowie,
Juliette Gréco. Ce sont en général des artistes qui ont leur propre
univers."
Que vous inspire la mort de
Michael Jackson ?
"Le tragique, la notion d’incompatibilité de vie privée et
vie publique, de médias. C’était un immense artiste.
C’est quelqu’un dont j’appréciais les spectacles,
mais l’homme aussi, sa fragilité, sa sensibilité. C’est
tragique. Je suis triste."
Quand on la voit sur scène, elle
apparaît tellement forte, vivante, qu’on ne peut pas imaginer
qu’elle préfère l’ombre à la lumière, et
pourtant...
"J’ai ce paradoxe en moi. Je suis capable de vivre aussi bien
dans l’ombre et de m’exprimer dans la lumière. que je
sais mon handicap devant 3 personnes ; je ne sais pas si je peux
qualifier ça d’aisance devant 30.000 personnes mais en tout
cas il y a une bascule qui se fait presque naturellement.
Comment faites-vous pour que
discrétion et provocation fassent bon ménage ?
"Toutes ces facettes font partie de moi. Je suis de nature discrète
en général, de nature timide parfois, mais l’éclat de rire
fait partie de moi aussi. Je crois que j’ai cette force qui
me permet de surmonter toutes mes peurs, tous mes démons au moment
où j’en ai le plus besoin."
Qu’est-ce qui vous fait rire
?
"L’absurde je pense."
Mylène Farmer face à ses
démons...
"L’idée de la mort me terrifie chaque deux secondes de ma
vie. Est-ce que ma propre mort me terrifie ? Parfois le mot
fatalité est plutôt serein. Je me dis "bon, ça se fera de toutes
façons c’est inéluctable". Parfois elle me hante et parfois
je l’oublie."
Est-ce que vous avez apprivoisé
vos peurs, vos souffrances avec le temps, avec le succès
?
"Non. Et c’est sans doute pas grave. Ou très grave je ne sais
pas. Je n’ai pas la réponse. J’ai certainement pansé
des plaies. Malheureusement je ne pense pas qu’on puisse
faire le deuil de quelque chose. On peut tenter de faire ré-émerger
la vie et des choses qui vous aident à tenir. Tout ce qui est
doutes, tout ce qui est peur, sont là ancrés et là encore ça fait
partie de votre sang, de vos veines. C’est sans toute
nécessaire. Ca aide à une certaine créativité."
Est-ce que ce métier a été votre
survie ?
"Oui oui, définitivement oui. C’est quelque chose qui
m’a aidée à m’incarner là où j’avais le sentiment
plus jeune de n’être pas incarnée du tout, de n’être
rattachée à rien. C’est fondamental."
Vous dormez tranquille enfin
aujourd’hui ?
"Non, ce n’est pas possible (rires)."
Ses projets :
"J’ai bien évidemment le projet d’un prochain album
mais là encore c’est une page blanche. Mais très envie de
m’y remettre très très vite.
(...)
"J’ai le projet d’un long métrage initié par Claude
Berri que j’aimais profondément, tiré d’un ouvrage de
Nathalie Reims, dont le metteur en scène sera Bruno Availlan. Et ça
sera pour moi un premier rôle, un deuxième film, et j’espère
une rencontre avec le public."
Vous essaierez de laisser
une place plus importante au cinéma ?
"J’ai besoin de la musique. J’ai besoin des mots. Je
suis quelqu’un d’instinctif. Le jour où je ne
souhaiterai plus dire ces mots, chanter, je choisirai ce moment
avant qu’il ne me saisisse. Je crois que tout art a ses
limites. Quelque chose en moi me dira "là il faut arrêter".
Peut-être que cela fait partie de moi aussi cette force de
caractère. En tout cas ne pas tricher avec
soi-même."
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Date de création : 03/04/08 Dernière mise à jour : 09/12/09 18:56 / 104 articles publiés


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